vendredi 12 août 2016

Installez-vous confortablement, cela risque d'être long,


Les jours s'égrènent agréablement sous la chaleur moite de Pékin. Sur mon passeport, figurent un visa chinois et un visa mongol. Il va falloir que je pense à rallier la Mongolie.
Depuis Pékin, il existe 3 moyens pour rejoindre la capitale mongole, Oulan-Bator : plusieurs avions par jour, le transmongolien (section du Trans-Sibérien) deux fois par semaine et des bus-couchettes quotidiens qui emmènent qui veut jusqu'à la frontière sino-mongole. 
Un aller simple en avion pour Oulan-Bator coûtant entre 450 et 750 euros, le transmongolien ne circulant que le mercredi et le samedi et le billet devant être pris bien à l'avance, je fais partie des "qui veut" pour le bus-couchette. 

Je décide de partir mardi car j'aimerais beaucoup danser un peu de tango à Pékin et comme je suis rentrée bredouille samedi et dimanche soir de ma recherche de LA milonga pékinoise, j'espère me rattraper ce soir. Ce ne sera finalement pas une milonga mais plutôt un cours-pratique réunissant une grosse dizaine de personnes sur la centaine de danseurs de tango que compte Pékin. C'était marrant et sympa, le tout s'étant terminé par un barbecue typique chinois en terrasse-rue d'un restaurant. 

Jour 1 - Chercher une aiguille dans une botte de foin,


Je veux donc prendre un bus jusque Erliàn (frontière sino-mongole), passer la frontière et une fois de l'autre côté rejoindre Oulan-Bator avec un train. Plusieurs infos sur des sites de routards français en parlent. J'ai donc des informations quand aux horaires, au lieu de départ et aux différentes étapes. 
Pékin est une ville immensément étendue, il existe 5 ou 6 gares ferroviaires dont les superficies font davantage penser à des terminaux d'aéroport, et une dizaine de gares routières de taille variable. 
Je ne pars pas sans rien, j'ai un nom de gare "Muxiyaan" et une station de métro "Shiliuzhung, ligne 10". Côté réception de l'auberge, je passe pour une insolite à vouloir aller en Mongolie en bus et l'on me dit qu'il n'y a pas de gare routière à Shiliuzhung et que Muxiyaan c'est à South Beijing Railway Station. 
Je fais écrire en chinois mon trajet pour que le guichetier ou la guichetière, je ne suis pas sectaire, sache où je veux aller. 
Mardi matin, je quitte l'auberge en y laissant mon gros sac à dos, je vais juste chercher mon billet, je reviens vers midi et pourrais profiter encore de quelques heures à Pékin avant de partir en ayant récupéré mon gros sac. Première étape, puisque c'est quand même l'adresse que j'ai trouvé à plusieurs reprises sur des sites, je vais à Shiliuzhung, ligne 10. Le trajet se passe parfaitement bien, je sors de la rame. Aïe !!! Quelle sortie : A, B, C ou D. J'opte pour la D. Cool !!! Un plan des rues environnantes avec une légende et y'a même un sigle pour une gare. Je la cherche sur le plan. Je regarde, je reregarde, de près, de loin, des fois que je commencerais à devenir presbyte, sauf que ... Nein, Nicht, Nada, Rien. Je n'ai plus qu'à choper un chinois qui ait quelques notions d'anglais et ça c'est pas gagné ! Un djeun's ... Ça doit parler anglais ... Bah non, pas celui-là ! J'arrive à lui faire comprendre que je cherche une gare dans le quartier. Il me dit non et me montre sur la carte du réseau de métro "South Beijing Railway Station". Okay, alors deuxième qui m'en parle. Allez c'est reparti, je reprends un ticket de métro, je repasse mon sac sous les rayons du point sécurité (quasiment toutes les stations en sont équipés). Quelques arrêts plus loin, je rejoins la gare. Ouah ouah ouah !!! Comment je vais faire, c'est très grand : des guichets automatiques, des guichets non-automatiques, des restos, des bars, des panneaux d'affichage ... Une gare en Chine en somme. Je décide de suivre les indications pour le "Bus hub north",  mauvaise idée ce sont les bus de villes. Je retente vers le sud, idem. Et pas de bureau d'informations. 
De plus, je n'ai plus de yuans, il faut donc que je trouve un distributeur. Pas de problème, il y en a pas mal. Problème, ils ne veulent pas me donner de sous. Je vais être mal si je ne peux pas tirer d'argent car ici le paiement par carte bleue ne se fait pas ou très très rarement et je n'ai pas vu de bureau de change pour échanger les dollars et les euros que j'ai avec moi. D'ailleurs combien je tire, juste ce qu'il me faut pour acheter mon billet et acheter 2-3 bricoles ou davantage au cas où ma banque, que je n'ai pas prévenu de  mon voyage en Asie, aurait eu la bonne idée de bloquer mon compte suite à une activité suspectée comme anormale. Je vais tirer plus, ce ne sera pas perdu, je pourrai toujours les échanger contre des Tugrik mongols. Ah ! Merci la banque rurale de Beijing !!! Bon, voilà une chose de faite. Maintenant, mon billet ! Je me mets dans une file, vous savez celle qui avance moins vite que celle d'à côté et qui a un guichetier parlant anglais. J'espère que le mien aussi. Je lui montre mon petit papier marron sur lequel figure en chinois mon trajet "Pékin --> Mongolie, Pékin --> Erliàn" et une image de bus. Mais non ! Pas de bus ici, ici c'est les trains. En anglais, il essaye de m'aider mais "he doesn't know' sorry !". 
C'est pas grave Monsieur, je vais passer ma journée dans le métro à arpenter les 4 coins de Beijing. Il est 13h passées et l'horaire de départ que j'ai en ma possession est 17h, moins de 4 heures. Je refais la file pour prendre un ticket de métro (mais Bon Dieu, pourquoi je n'ai pas pris la carte rechargeable), security check, et quand je suis en train de descendre dans le métro, je vois un point information du métro. A peine en bas de l'escalator, je remonte et m'en vais quémander quelques informations à l'aide de tous les documents que j'ai en ma possession : papier marron en chinois, carte du métro, carte de la mongolie avec l'indication d'Erliàn et mon livret-pictos. Peut pas m'aider non plus le monsieur ! 

Résumons : Shiliuzhung : rien, South Beijing Railway Station : rien. Je décide de retourner à Shiliuzhung, c'est de toute manière sur le trajet pour l'auberge. Et là !!!! Eux, ils vont me sauver !!! 

Eux, je vais les suivre !!! Ils sont deux, ils ne sont pas de Pékin, ils n'ont pas de smart-phone mais un gros téléphone vert style talkie-walkie/nokia 3310 de l'armée, ils ont l'air de ne pas connaître mais surtout ils sont chargés chacun d'un gros ballot fait d'un vieux drap qui doit renfermer, j'imagine, des produits achetés à Pékin et à ramener à la campagne. Aujourd'hui, la ruralité va me sauver !!!! Après la banque, les hommes ! J'attends de savoir de quel côté ils se placent sur le quai du métro. Ok, le même côté que celui que je voulais prendre. Je ne vais pas les lâcher d'une semelle ! Ils font le même changement que celui à faire pour aller à Shiliuzhung. Ils errent un peu mais reprennent le métro dans le bon sens. Ils s'assoient. Shiliuzhung approche et ils ne s'affairent pas. Arrêt à Shiliuzhung, ils ne descendent pas. Hey ho, Shiliuzhung les gars ! Faut descendre !! C'est ici !!! Non ? Je descends mais les garde à l'oeil et hésite à remonter dans la rame. Pas de sursaut de dernière seconde. Les portes du métro se referment les laissant à l'intérieur et moi à l'extérieur. Si je réfléchis un peu, quel intérêt de quitter une gare ferroviaire pour aller se remettre dans un bus sauf si la destination finale n'est pas desservie par le train. Allez savoir ce que contenaient les ballots ! 

Et me revoici à mon point de départ, je retente ma chance auprès du guichet. La jeune guichetière parle un peu anglais et interpelle ses collègues pour m'aider. Ils sont deux autour de moi plus une autre personne au téléphone. La nana reçoit les infos sur son téléphone, je les prends en photo. Ce serait donc à la gare de Liuliqiao. Trop gentils, ils se sont démenés pour m'aider. 
Je reprends un ticket pour Liuliqiao. Puis me dit que je ferai mieux de passer récupérer mon sac à l'auberge. Sac sur le dos, j'embarque dans un taxi pour aller jusque Liuliqioa car j'en aurais pour une heure en métro, trop juste. Les quelques embouteillages me convainquent que je n'aurais pas ce bus aujourd'hui et c'est tant mieux. Je n'ai pas envie de quitter Pékin de cette manière mais au moins je saurais d'oû part ce satané bus. 
Bonne nouvelle, Liuliqiao est bien une gare de bus. Il est 16h44. Au fur et à mesure que j'avance dans la gare, je songe à attendre 17h passées pour me présenter au guichet. Et puis j'y vais, je veux juste la certitude que c'est le bon endroit. Je ressors mon petit papier marron, elle le prend, le lit et m'indique d'un geste vague de la main derrière moi. Ce n'est pas à ce guichet. Donc à un autre mais où ? Je n'en vois aucun. Sur le côté gauche du hall, un bureau d'informations, j'y présente mon p'tit bout de feuille et la dame me dit que pour Erliàn ce n'est pas ici mais à Dahongmen c'est-à-dire à une station de métro de Shiliuzhung. Je ne peux m'empêcher d'éclater de rire. Elle note en chinois le nom de l'endroit. 
Allez je vais me poser un peu et tenter de faire le point. Donc ce serait à Dahongmen. Sinon il y a la possibilité du trans-mongolien qui part demain mercredi de la West Beijing Railway Station, d'après le guide du routard. C'est à trois stations de métro et je devrai pouvoir avoir la confirmation que le trans-mongolien part bien de là et connaître son heure de départ. Sauf que la West Beijing Railway Station constitue l'une des plus grosses gares d'Asie et que en y arrivant, je me demande pourquoi j'y suis venue : il me semble impossible d'y obtenir des informations. Je capitule. Je m'octroie pour la deuxième fois aujourd'hui le confort d'un taxi pour le retour à l'auberge où j'ai fait le check out ce matin. J'espère qu'ils auront un lit pour cette nuit car sinon il faudra que j'en trouve une autre. 
"You're lucky, i have one. It's the last". Cool, je le prends. Je souffle, prends une douche et repars à la chasse aux infos avec le nouveau nom que j'ai : Dahongmen. Finalement, on trouve : à 1 kilomètre au sud de Dahongmen, il y a bien une gare routière dont le nom chinois que la nana du bureau d'information m'a donné correspond en pinyin à ....... Vous ne le croirez pas ..... "Muxiyaan" !!!!! 
La boucle est bouclée. J'avais donc au départ le bon nom et le métro à une station près mais les stations de métro poussant comme des champignons ici, il est possible que Dahongmen soit très récente. 
J'irai en bus, ligne directe. Une fois l'emplacement de l'arrêt de bus vérifié, j'ai bien mérité un Pork Peanut Potatoes Curry cuisiné par l'auberge. Il est 21h10, les cuisines ferment à 21h. Tant pis, ce sera un riz cantonnais en sortie du hutong. 


Jour 2 - Le ticket d'or ?

Mercredi, jour 2 de la quête. Je me sens un peu comme le Charlie de Roal Dahl, je cherche un ticket qui n'est délivré qu'à un seul endroit de Pékin et qui ne peut être acheter que le jour du départ. 
Ce matin, direction "Muxiyann" par le bus numéro 2. La veille j'avais songé me lever très tôt pour me rendre au troisième lieu incontournable des touristes pékinois, le Palais d'été, immense jardin impérial construit à la demande de l'impératrice Cixi. Si on veut éviter la foule et que la visite soot un émerveillement, il vaut mieux y aller très tôt, le palais ouvrant à 6h30. Finalement, je règle mon réveil sur 7 heures, tant pis je quitterai certainement Pékin sans avoir vu ce palais. Je me lève bien plus tard que le réveil, je refais mon ckeck out à la réception de l'auberge, avale un thé, laisse mon gros sac dans un local de l'auberge et m'en vais chercher pour la deuxième journée ce billet. 40 minutes plus tard, je suis à Muxiyann, je passe devant la gare une première fois la prenant pour une banque à cause  des larges panneaux sur le côté du bâtiment. Je parcours 200 ou 300 mètres et décident de revenir sur mes pas. Normalement, la gare est à côté de l'arrêt de bus. Je repasse devant le bâtiment et y voit nettement des gens avec des bagages. J'y pénêtre, note l'heure de départ que je souhaite (17h00) sur mon papier marron, m'avance au guichet et tend le papier. Je repars 2 minutes plus tard tout sourire le Saint-Graal entre mes mains. Je l'ai !!! Le billet !!! Chemin inverse pour l'auberge où je peux profiter du cadre super agréable du salon, je vais manger dans une cantine au bout de la rue. Je serai bien retourner au temple des lamas mais je n'ai pas le temps. A défaut, je vais me ballader dans le hutong de l'autre côté de l'avenue profitant de la fraîcheur fournie par les arbres sous le regard intrigué de quelques habitants ou balayeurs, plus souriants et curieux quand je leur adresse un "Nihao". 
Balade de courte durée, il faut rassembler mes affaires et constituer un mini-sac à garder avec moi pour le bus. J'ai compté 1h30 pour rejoindre la gare. Je cours pour attraper le bus, mais celui-ci semble faire des siennes, le conducteur nous fait descendre, il a apparemment un souci. Ok, que fais-je ? J'attends, je prends un taxi, un pousse-pousse électrique, bien plus rapide en cas d'embouteillage. Finalement, fausse alerte, tout le monde remonte moi y compris. J'arrive à la gare suffisamment avant pour pouvoir acheter quelques trucs à grignoter et suffisamment avant pour attendre 1 heure que le conducteur fasse démarrer son bus, estimant que nous ne sommes pas assez nombreux : 3 au total, 2 chinois et moi. Ça m'agace un peu car j'aurais pû profiter de Pékin un peu plus. Puis j'en ris. Finalement à plus de 17h30, il daigne démarrer et va s'arrêter deux minutes plus loin dans une gare-entrepôt où des mongol(e)s viennent remplir les couchettes vides et leurs énormes paquets les soutes. Il est 19h30 quand le moteur démarre une deuxième fois.  

Zàijiàn Beijing ! 



Jour 3 - Voyager c'est l'art d'attendre.


Les bus couchettes c'est bien pour dormir car on est allongé de son long par contre pour s'asseoir c'est moins pratique surtout que je suis dans une couchette bas de plafond. Je ne dormirai pas beaucoup de la nuit, je suis située au-dessus de la roue arrière et la couchette à tendance à tomber dans le couloir. 



Arrivée à 7h30, il me faut passer la frontière. A peine descendue du bus, je me fais alpaguée par un chinois me proposant de m'amener au poste frontière moyennant finance bien évidemment. Je ne réfléchis pas trop et monte dans son petit puck-up. Il me dépose devant le poste frontière chinois. Je m'avance vers le garde qu me fait signe d'aller attendre avec les jeeps plus loin. Arrivée aux jeeps, les mongols me proposent également tout de suite leur service. J'attends pour le moment. Il n'y a qu'une jeep qui a de la place, toutes les autres étant complètement remplies de paquets. D'autres jeeps arrivent mais elles ne sont pas moins pleines. 9h, on peut passer. Je fais signe au mongol que c'est pour moi et monte dans sa jeep bleue dézinguée, carosserie qui a bien vécue et porte qui ne ferme pas bien. Formalités chinoises faites pour nous deux, il me récupère et nous allons au poste frontière mongol nettement moins grandiloquent que son homologue chinois. C'est un peu plus long pour lui et je le demande même s'il ne serait pas reparti sans moi. Pourtant, je l'ai vu dans le hall et je ne l'ai pas aperçu repartir. Le voilà. Je remonte et il me dépose à l'entrée de Zamin-Ud où la nana qui a fait la route dans la jeep avec nous depuis le poste frontière mongol me prend dans sa voiture et me dépose quelques centaines de mètres plus loin, à la gare ferroviaire de Zamin-Ud. 
Changement d'heure, on en perd une. J'achète mon billet sans aucune difficulté. Mon train part à 18h15 et il est ... 11h05. Ok ... Ça va être long. Je vais manger un bout à la cafèt à côté de la gare et là on perd. La gastronomie mongole n'est pas des plus raffinées. 


Le reste du temps, je rédige les articles de mon blog, je renseigne quelques jeunes voyageurs. Et je retourne manger à la cafèt un peu avant le départ du train. Tout au long de l'après-midi, le quai de la gare se sera remplie de mongols et de leurs très nombreux paquets. 


L'heure approche, je cherche ma place. Je suis en wagon-couchette 4-23. Je ferai le voyage avec une mère Ariunaa et son fils de 6 ans Byambabayar. Il est très intéressé par mon appareil photo et passera une partie du trajet à faire des photos du train, de sa mère, de moi, de Simon Gol (mon petit clown), à feuilleter mon livrets-images. C'est bien sympa et je ne regrette absolument pas d'avoir choisi cette option pour rejoindre Oulan-Bator. 


9h, nous arrivons dans la capitale mongole. Tout le monde descend. Je me mets en quête de mon auberge. Une petute heure plus tard, je suis assise sur un canapé à boire un thé et à découvrir les tours possibles. Je veux aller dans le désert de Gobi et par la suite, par mes propres moyens, dans le nord apparemment plus accessible. En fait, les prix ne seraient pas forcément moins en solo et les sites resteraient nettement moins accessibles. Réflexion faite, je prends le Grand Tour : 17 jours dans un groupe de 4, Mongolie de nord au sud. Le groupe est parti ce matin. Je le rejoindrai demain à Mandalgovi. 

L'après-midi passera en faisant la découverte d'Oulan-Bator et on organisant les derniers préparatifs, notamment quelques bricoles alimentaires à grignoter, histoire de changer de la viande bouillie et du lait de yack ! 


Il est 23h à Oulan-Bator, il fait nuit et j'ai hâte que le jour se lève. 

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