mardi 30 août 2016

Au nord, prendre vers l'est,

Jour 11 - Parfois, ça tient à peu de choses, 


Nous quittons notre havre de paix sous un matin brumeux. Des yacks, une herbe haute légèrement jaunie, le tout dans un brouillard plus ou moins léger, ce sont de très belles images pour quitter ce lac. Une longue journée de route nous attend et Paulein est la première à vouloir en passer une partie écouteurs aux oreilles, Paul et Gabi ne tardent pas à faire comme elle, je les rejoindrai bientôt laissant Kim toute seule à sa contemplation silencieuse des paysages. Habituellement, l'habitacle du van résonne des chansons mongoles que Baïda met en boucle. A force nous commençons à les connaître mais les apprécions toujours autant, elles s'accordent parfaitement bien aux étendues que nous traversons. 
Au moment où je décide de me mettre dans mon cocon musical, je me demande si je fais bien. Baïda ne va-t-il pas se sentir seul, comme si tout le monde se désintéressait de la route et de sa conduite ? Cela ne va-t-il pas créer un relâchement général ? Causalité stupide, je vous l'accorde, mais bon ... 
La réponse ne tarde néanmoins pas à venir avec notre premier embourbement. Le fautif est bien évidemment le terrain et non notre chauffeur. Embourbement d'assez bonne catégorie. Cinq paires de main sur la vitre arrière, tronc d'arbre dans la jante, saignée à la pelle autour de la roue en question, glissement de plastique sous la roue - les déchets ont du bon parfois - rien n'y fait. Une jeep arrive dans l'autre sens. Avec deux sangles elle fait décoler le van de sa motte de terre le tirant sur quelques mètres et sur trois de ces roues. Un coup d'eau pour nettoyer nos pieds plein de boue et les quatre roues du toyota retrouvent les cailloux de la piste. Un peu plus tard dans la journée, nous remettrons à l'épreuve nos biceps et ceux d'un autre chauffeur avec davantage de résultat, cette fois faute à la route de secours qui aura vu le sol d'un peu trop près. Jamais deux sans trois ?!?



Dans la partie de la Mongolie où nous sommes, les cours d'eau et petites rivières sont de plus en plus fréquents mais les ponts ne le sont pas. Ils nous faut donc quasiment tout le temps les traverser en touchant le fond. Et pas toujours facile d'apprécier la profondeur et la présence ou non de pierres. Le pare-choc prend un bon coup et Baïda s'en va dégager le chemin. 


Pas moins de deux villes aujourd'hui (enfin petites villes ou gros villages). Toujours les mêmes couleurs vives. Halte dans la première ville qui s'étend avec des parcelles délimitées par des palissades mais inoccupées pour le moment. Nous y achetons de quoi faire des chamallows grillés ce soir avant de s'endormir sous la tente. Je ne vais pas dire que je saute de joie mais l'avantage de la tente c'est que l'on est vraiment seul et en pleine nature. Ce sera cette fois en lisière d'un petit bois lui même en lisière d'un vaste plaine. Au menu du jour, poisson pêché ce midi par Baïda. Un magistral feu de bois avec un stock de branches pour tenir toute la nuit, des chamallows grillés (découverte pour Paul et Gabi), des smores ("spécialité américaine": biscuit et carré de chocolat recouvert d'un chamallow grillé venant faire fondre le chocolat), des énigmes, de l'eau chaude pour une bouillotte et la soirée se passe jusqu'à l'arrivée des étoiles. Malheureusement, nous serons moins en réussite ce soir dans nos clichés. 
Parfois, une bonne journée tient en peu de choses. 



Jour 12 - Thanks for the blanket but it's not enough, 

Nuit extrêmement fraîche pour tout le monde pour ne pas dire froide mais si disons-le, la nuit fut froide, et le feu insuffisant pour que nos corps emmagasinent leur lot de chaleur. De même pour la bouillotte de Gabi et Paul. Néanmoins, je parviens à dormir jusque 7h15, ce qui force mon étonnement. Mon réveil sera accompagné par le crépitement du bois dans le feu rallumé en cette matinée. Une autre nuit sous tente est prévue sur les quatre qu'il nous reste : nous sommes prêts à payer pour la passer sous une yourte !!! 
En tout cas, ce soir c'est une yourte qui nous attend sur les bords du lac Khövsgöl, dans le parc national du même nom tout au nord de la Mongolie non loin de la frontière russe, 8 kilomètres depuis la pointe nord du lac. Avec 136 kilomètres de longueur et 262 mètres de profondeur, il constitue le deuxième plus grand lac de Mongolie (Uvs Nuur, lac salé dans l'ouest étant le premier) et la 14ième réserve d'eau douce au monde. Paradis des pêcheurs, randonnée pédestre ou équestre dans les montagnes l'encerclant de 2515 à 3020 mètres d'altitude ou sur le pourtour du lac, kayak, bateau, baignade, ou simple admiration des eaux bleues aux reflets changeants, ... Les activités ne manquent pas. Sauf le vélo. J'aurais bien passé la journée de demain à pédaler le long de cet immense lac. 
La première vue que nous avons dessus est impressionnante, il semble se déployer à l'infini dans les montagnes arborées de la taïga. Nous le longeons par l'ouest, des camps de cabanes en bois et de yourtes se succèdent d'un côté de la route tandis que de l'autre, quelques bandes de cailloux ou de sable nous donnent régulièrement l'illusion qu'il prend fin mais ce n'est que pour mieux recommencer. Je suis contente que nous continuons sur la route afin de s'éloigner des premiers camps très touristiques qui ne me plaisent pas trop. J'ai pris goût au petit camp de yourtes sans douche, en retrait mais avec une magnifique point de vue. Ici c'est un peu la Suisse ou l'Autriche, je ne m'attendais pas à des paysages comme ceux-là en Mongolie mais je prends bien volontiers. 

Plus tôt dans la journée, nous aurons une douche et notre deuxième connexion internet en quatre jours. Plus aisée celle-là puisque nous sommes en semaine et dans une ville bien plus importante, Mörön, ses 35000 habitants et son aéroport au traffic non négligeable. Enfin, internet en Mongolie en dehors d'Oulan-Bator c'est toujours, pour nous, comme si on venait de découvrir l'Amérique. En wifi, cette fois sur des marches à l'extérieur de l'établissement nous fournissant l'accès, impossible de publier mes articles et les nombreuses photos qui les accompagnent, ce ne sera très certainement possible qu'à Oulan-Bator maintenant. 


Le camp est comme je l'espérais. Deux ou trois yourtes mais aussi quelques cabanes en rondins de bois dans le camp familial où nous passerons deux nuits. 
Nuit sous yourte, merci merci, avec vue sur le lac, toujours aussi bien placés, merci merci. 

Jour 13 - La perle bleue,


Réveil magique, une nappe de brume recouvre le lac surnommé "la perle bleue". Quelques photos pour entamer la journée, cela constitue toujours un bon début. Puis, nous avons une randonnée à cheval prévue dans la matinée. La dernière fois que je suis montée à cheval remonte à de nombreuses années. L'ordre pour le faire avancer est "Chtou" mais ma prononciation doit être bien altérée car le bougre n'avance que très rarement, pas davantage à "Chtu", "Tug", "Toug" ou "Tchou tchou". Parfois, il avance quand Paulein donne l'ordre au sien. Extrêmement lent c'est pénible mais confortable pour les fesses. Quand il se met à trotter, cela devient plus marrant mais très nettement moins confortable pour les fessiers et les jambes. Je ne sais pas ce que je préfère au final ! La randonnée est sympa mais on ne peut pas dire que j'en raffole. Retour au camp pour manger les poissons pêchés la veille par Baïda. Au dessert, et oui il y a un dessert aujourd'hui, je propose les pommes de pin que j'ai achetées la veille sur le marché de Mörön. On en mange les pignes, Odna nous montre comment procéder, je comprends mieux pourquoi cela coûte cher en France. C'est fastidieux. Ici, c'est un peu comme une friandise bien que dans les supermarchés on trouve des bonbons par paquet de 3 kilos pour les offrandes à Bouddha. Pendant que nous dépiautons nos pommes de pin, des marchands viennent s'installer sur l'herbe face à nous et déballent leur marchandise : du cashmere (de chèvres ou de yacks) (bonnets, étoles, vestes, chaussettes, chaussons, ...), des colliers, des rennes en feutrine, ... 


L'après-midi s'annonce sur un mode tranquille. Petite marche le long du lac qui permet d'en admirer les différents bleus. Un superbe camaïeu depuis le bleu le plus clair de l'eau jusqu'au bleu le plus foncé du ciel. L'eau est très claire mais trop fraîche pour que je m'y baigne. Nous sommes seuls, la saison semble terminée à moins que les touristes ne soient partis une fois leur repas englouti ou leur randonnée équestre matinale terminée. Nous verrons ce soir s'il y a davantage de monde. 


Le soir venu confirme la constatation faite plus tôt : nous sommes seuls. 
Ma batterie est vide, plus aucune photos possible. Zut, zut et rezut. Je comptais sur le camp où nous sommes pour recharger mon unique batterie (oui, je sais, j'aurais pû en prendre au moins une de plus) mais le générateur est en panne. Et je ne sais pas si demain je pourrais trouver un moyen pour résoudre ce petit problème. Si tel n'est pas le cas, je ne pourrais immortaliser ma rencontre avec les Tsaatanes et leurs rennes ni refaire des photos de nuit. Et ça j'aimerai vraiment beaucoup car je suis plutôt déçue des quelques que j'ai pu faire. 



Jour 14 - Le bonheur a 4 roues, 


Quelque part ça sent la fin et c'est bien dommage. 16 jours, finalement cela passe très vite. Je resterai bien encore un peu en Mongolie un peu plus à l'est ou à l'ouest. 

On quitte cette perle bleue. On est les seuls à repartir car on est quasiment les seuls à y être. Un couple assis sur un banc face au lac, un autre marchant main dans la main et c'est à peu près les seules personnes que nous verrons. 
Nous passons à Khatgal pour recharger un peu nos batteries d'appareil photo. Baïda y connait quelqu'un. Enfin Baïda connait tout le temps quelqu'un, nous avons l'impression qu'il connait tout le monde en Mongolie. 16 ans qu'il est chauffeur pour les tours, alors forcément ça fait des connaissances. Batterie rechargée à 40 %. Ouf, je pourrais faire quelques photos. 

Une rencontre avec des rennes, elle se fait non loin du bord de la route avec des touristes coréens. Nous devons payer 2000 Tugrik (80 centimes) pour leur tirer le portrait. Ils se laissent approcher, parfois caresser et parfois ils lèchent ma poche espérant y trouver quelque chose à manger, enfin surtout le petit. Ils sont tout doux, les bois sont recouverts de duvet bien agréable au toucher, je ne m'attendais pas à cela. 


Aujourd'hui, nous avons beaucoup de route au programme, nous devons rejoindre la Réserve naturelle d'Uran-Togoo et ses volcans éteints. Au total, plus de 425 kilomètres parcourus dont une bonne partie sur route goudronnée, une des rares de Mongolie. 


Je crois que nous sommes tous contents d'être ensemble dans ce petit van qui file à 80 kilomètres entre les montagnes de Mongolie, les premiers champs de blé, les arbres indiquant l'emplacement de sinueuses rivières, les troupeaux de vaches, de chèvres et de brebis qui traversent devant nos yeux et qui accélèrent au son du klaxon, les quelques bourgades de maisons au toit coloré, les enfants chevauchant des chevaux, des familles sur la moto paternelle, des bidons d'eau ou d'essence de chaque côté, ... Tant de photos à faire encore !!! 


52 millions d'animaux (chevaux, vaches, chameaux, chèvres, moutons, yacks) !!! Le gouvernement mongol recense tout les ans le cheptel. Cela fait plus de 17 animaux par personne tout de même. 

Arrivés à la Réserve, nous nous installons dans une des quatre yourtes disponibles. Comme les deux nuits précédentes, nous serons seuls. Je serai ramenée en camp en moto. Nous boirons du vin, mangerons des chamallows grillés et des smores. Odna et Baïda mangeront avec nous et nous discuterons de la Mongolie, Kim et Paulein donneront des conseils à Paul et Gabi pour le Vietnam, nous irons certainement faire des photos de nuit. Paul vient de sortir pour faire le premier test. Il me reste de la batterie, je vais essayer de faire quelques jolies photos tout en conservant assez de batterie pour la dernière journée de demain. 


Je finis d'ajouter les dernières photos prises aujourd'hui. Celles que je viens de prendre de nuit ne donnent pas grand chose d'intéressant à mon goût. Je verrai si j'ai le courage de me relever dans la nuit pour refaire quelques essais dans l'obscurité la plus totale. En attendant, je vais me coucher. 



Jour 15 - Dernier jour en pension complète, 

Et bien le voilà, le dernier. Il me semblait loin au départ et le voilà. Il s'est approché lentement puis plus rapidement et le voilà. Dernière fois que je me réveille en me demandant si je dormirai dans une yourte ou dans une tente la nuit prochaine. Dernière fois que je me demande si nous aurons du riz brun avec notre riz blanc du soir.  Dernière fois que nous arriverons sur un site à visiter. Et voilà. 


Combien de kilo de riz ai-je mangé ? Combien de pommes de terre et de carottes découpés en petits morceaux seront passés sous mes dents ? Si j'avais épluché le même nombre d'oignons qu'Odna combien de mouchoirs aurais-je utilisé ? Combien de temps mes doigts seraient-ils restés rouges si j'avais découpé autant de chou rouge ? Combien de temps mes doigts seraient-ils restés blancs si j'avais découpé autant de chou blanc ? 

Tout ce que je sais c'est qu'après-demain, je quitterai la Mongolie et que j'ai adoré y passer 17 jours. 


La journée commence avec la montée du volcan proche de nous. C'est une bonne façon de débuter ce samedi. Puis les habituelles heures de voiture qui nous font traverser des paysages plus communs et parfois moins vastes. La partie nord de la Mongolie me semble être la plus peuplée car les villes se succèdent, plus ou moins peuplés : Bulgan avec 11000 habitants et surtout Erdenet avec plus de 830000 habitants qui constitue la deuxième ville mongole. Les villes ressemblent à des smarties ou à des confettis, des points de couleurs différentes les uns à côté des autres qui s'accordent parfaitement avec la nature. Je les aime bien ces villes. 
Le trafic est également plus dense, on croise de plus en plus de voiture, on en double, on se fait doubler. Cela doit être la période des déménagements car nous croisons plusieurs camionnettes chargées : yourte démontée, table et autres meubles. (Pas de photo malheureusement car en voiture ce n'est pas aisé). La rentrée scolaire est le 1er septembre, peut-être les gens rejoignent les villes après avoir passé les mois d'été à la campagne. 
Zone où la population semble la plus dense, excepté Oulan-Bator, c'est aussi ici que les champs de culture apparaissent. Faut bien qu'elles poussent quelque part toutes les pommes de terre que nous aurons mangé. 


En fin de matinée, notre route croise celle de condors posés dans une prairie non loin d'une carcasse de chèvre en train de se faire manger par des chiens et des oiseaux. Il y en a une bonne douzaine qui nous survole, inattendu !!! 
Nous mangerons avec vue sur un paquet de smarties, Erdenet et sa mine de cuivre. 
L'arrière du van se transforme en agence de voyage, Paulein nous faisant rêver avec ses photos de son voyage en Antarctique : 52 jours passés sur un bateau à voile centenaire, Europa, à naviguer dans les mers du sud entre Ushuaïa (Argentine) et Cape Town (Afrique du Sud). Next trip ?!?!?
En fin d'après-midi nous arrivons au monastère d'Amarbayasgalant, l'un des trois plus grands de Mongolie et l'un des rares à avoir été épargné par les purges communistes. Il fut édificié entre 1727 et 1737 sous le règne de l'empereur mandchou Yongzheng. Plus petit que les temples de Pékin, il reprend la même architecture. Inscrit au patrimoine de l'Unesco, il a été restauré mais reste par endroit bien abîmé. 
Il paraît improbable de tomber sur pareil temple au fond d'une vaste plaine du nord de la Mongolie. 


Ce soir nous dormirons dans une yourte, pour la dernière fois. La moquette, un canapé et une ampoule avec interrupteur la rendent cosie. En revanche, la literie est la pire que nous ayons eu. Je ne suis pas loin de toucher le sol avec mon sommier à ressort sans planches de bois. Paulein repositionne une des lattes du sien. Elle doit faire attention pour ne pas être à l'amende car quelques jours auparavant son lit s'est cassé dans la nuit. Quelques nuits précédentes, c'était celui de Paul. 
Le repas du soir sera le meilleur, exception faite de la nourriture : deux louches de riz accompagné d'un légume ressemblant au rutabaga qu'Odna n'aura réussi à faire cuire suffisamment et quelques frites. Pas de dessert comme d'habitude. Certains ont du chocolat ou autres et certains qui sont sympas partagent.

Je suis la dernière à me coucher mais il n'est pas dit que certains ne se relèvent au cours de la nuit pour admirer les étoiles. 



Jour 16 - Tout sauf la tortue et l'éléphant, 

[Le titre pour cette seizième journée fait référence à un camp de yourtes proches des Flamming Cliffs dans lequel deux grandes constructions de béton se dressaient parmi les yourtes : un éléphant et une tortue]


Je n'ai jamais été aussi contente de m'arrêter pour manger, pas que j'ai faim mais je n'ai pas envie de ne faire que rouler vers Oulan-Bator et je veux que cette journée ait un lien de ressemblance avec les autres. 
Les villes, les champs (blé, colza, ...) et les usines se succèdent. Les lignes électriques se rejoignent, se croisent et se séparent. N'y aurait-il pas un moyen de rendre les installations agricoles et industrielles moins moches ? 

Si vous voulez venir en Mongolie, venez maintenant. Le changement s'opère vite. Est-ce que la Mongolie parviendra à concilier développement, mode de vie traditionnel et tourisme en préservant sa culture nomade séculaire ?, 

Si vous voulez venir en Mongolie, acceptez de dormir sous une tente ou sous une yourte, acceptez de manger peu diversifié, consentez à ne prendre une douche que tous les 3 ou 4 jours dans les villes, soyez d'accord pour que les toilettes ne soient au mieux qu'un cabane de bois avec un trou dans la terre,

Sinon ne venez pas. 



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