Ce matin, je dois rejoindre le groupe parti la veille pour le tour de 17 jours qui nous fera découvrir une partie de la Mongolie, depuis les vastes plaines désertiques de Gobi jusqu'aux lacs et forêts du nord.
On me dépose à la gare routière d'Oulan-Bator, on s'occupe de m'acheter un billet pour Mandalgovi et c'est parti pour quelques heures de bus. Ici c'est un peu comme en Bolivie, le bus s'arrête fréquemment, aux endroits où attendent voitures ou motos qui viennent récupérer quelqu'un.
Mon visage continue d'être scruté par les enfants peu habitués. Pourtant, je ne suis pas la seule occidentale. Et s'ils prennent le bus régulièrement, ils doivent voir des traits moins tirés, des yeux plus ronds, des nez moins fins, des peaux moins hâlées. Dans le bus, il y a également un couple de français et un italien, Max. Lui, voyage différemment, il vient de passer 10 jours en immersion totale seul dans une famille nomade à partager leur quotidien. Après deux jours à Oulan-Bator, il repart dans une autre famille. Les étrangers font davantage légion ici qu'à Pékin. J'entends parler pas mal français à Oulan-Bator et cela ne me plait pas trop finalement. A Pékin, je pouvais avoir l'illusion que nous étions peu à visiter la ville mais en Mongolie, je dois bien me rendre à l'évidence, je ne suis pas la seule à avoir eu l'idée de la découvrir. Toutefois, si je croise davantage de touristes à Oulan-Bator qu'à Pékin c'est peut-être aussi car le nombre d'habitants n'a rien à voir (1,3 millions sur les 3 que compte la Mongolie contre plus de 20 millions pour Pékin). Il n'y a donc peut-être pas proportionnellement plus de touristes à Oulan-Bator qu'à Pékin. De plus, Oulan-Bator constitue un arrêt sur la ligne du trans-sibérien reliant Moscou à Pékin, les gens s'y arrêtent, visitent la ville et font un tour dans les environs proches mais ne réalisent pas forcément un grand tour. Je me confronterai à la réalité plus tard.
Vers 13h, je rejoins le groupe, ils m'attendent dans un van Toyota. Mes affaires se joignent aux autres. Mes fesses prennent place sur une des deux banquettes. Nous serons donc 4 même si Jean-Paul craint que nous soyons davantage car apparemment on leur a dit que deux françaises devaient les rejoindre et ce n'est manifestement pas moi. Jean-Paul est un hispano-argentino-allemand, il vit en Allemagne depuis au moins 15 ans avec sa femme Gabi, argentine. Ils ont décidé de célébrer leur demi-centenaire avec le monde en effectuant un tour du monde pendant un an. A côté d'eux, il y a Kim, une jeune américaine professeur d'anglais qui vient de travailler 2 ans dans la campagne sud-coréenne avec les réfugiés nord-coréens. Elle s'octroie un voyage à travers l'Asie du Nord avant de prendre son poste suivant à Taïwan. Très vite, son surnom sera "so sorry". Devant mais derrière le volant, il y a Baïda et à ses côté, notre guide, Odna, 22 ans et étudiante en médecine.
Après une heure et demi de route et s'être enfoncés dans les plaines en quittant la route principale, nous sommes accueillis par une famille de nomades pour manger. Nous laissons nos chaussures à l'entrée de la yourte et on nous offre le traditionnel bol d'airag, lait de jument fermenté. Il passe de main en main et chacun se doit d'en boire. Je ne vais pas déroger à l'avis général en disant que ce n'est pas bon. C'est fort mais comme je n'en bois que quelques gouttes je ne peux en dire plus. Il faudrait que j'en boive davantage pour avoir un avis plus fourni. Puis un bon plat, de la viande, des pommes de terre et des pâtes (style noodle) que l'on peu agrémenter de quelques légumes piochés dans un bocal du commerce ou de kimchi (chou épicé, spécialité coréenne).
Le repas se passe en échangeant quelques mots et en répondant à quelques questions que nos hôtes nous posent ou que nous leur posons par l'intermédiaire d'Odna. Ils veulent surtout savoir de quel pays nous venons et quel âge nous avons. Le jeu habituel mais difficile de leur donner un âge qui ne les vieillirai pas de 10 ou 12 ans pendant que eux nous rajeunissent du même nombre d'années. Le repas terminé, les femmes et les enfants restent dans un premier temps à l'intérieur. En repassant quelques minutes plus tard, je les aperçois manger le plat qu'ils nous ont servi. Puis tout le monde est au complet à l'extérieur, Paul s'essaye au lasso pour attraper un jeune cheval. Pour ma part, je fais quelques passe de volley-ball avec une des filles. Puis nous reprenons la route direction "White Stupa", quelques heures de route plus loin.
White Stupa, dont je ne connais le nom mongol, sont des petites collines colorées grâce à la présence de différents minéraux. Nous les apercevons depuis le haut de petites falaises qui chacune donne un point de vue différent. Du bas, l'effet est également impressionnant. Assister à un coucher de soleil ici serait toute bonnement magique. Je le verrai depuis le camp de yourtes que nous occuperons avec d'autres groupes. Visite aux chameaux que l'on peut approcher jusqu'à deux mètres. Un ciel nuageux mais de belles couleurs pour la fin de ce premier jour dans le désert de Gobi. Lune brillante et étoiles, on recherche quelques constellations, uniquement la grande ourse pour ma part, la seule que je connaisse. Nuit au chaud dans la yourte. Aucun bruit, juste parfois le cri de certains chameaux, rien de plus.
Comme hier et comme les prochains jours, je mets à profit les premières heures matinales passées dans le van à rédiger la journée de la veille.
Beaucoup beaucoup de voiture, heureusement que nous ne sommes que 4 car à 6 (capacité du van) nous serions un peu serrés. Après plusieurs heures de route, nous arrivons à Dalandzadgad, une grosse ville mongole d'un peu plus de 20 000 âmes. La ville est tout de même dotée d'un aéroport où un avion atterrit quotidiennement. Certains touristes qui ne veulent pas avoir à passer de nombreuses heures en voiture arrivent ici et font les sites à voir aux alentours. Dalandzadgad, c'est le temps du carburant, d'une douche et de quelques courses au supermarché pour agrémenter gustativement les jours. Je ne comprends pas pourquoi tous les groupes s'arrêtent au même supermarché, peut-être celui qui a les prix les plus élevés. On y trouve les mêmes produits et certaines marques identiques à l'Europe.
Encore un peu de route pour trouver un endroit pour manger, le même repas que la veille au midi, le bol d'airag en moins mais pas de dessert en plus.
Puis reprise du van pour accéder à une partie de "Yolyn Am", des montagnes verdoyantes qui se rétrécissent en un canyon. Lieu de balade familiale pour les mongols d'autant que nous sommes dimanche. Des dizaines de yacks noirs, blancs ou gris paissent dans les plaines. Je pensais cet animal beaucoup plus gros qu'il ne l'est. Sur le retour, passage (obligé) par le musée naturel à l'entrée du site que nous avons essayé de troquer contre du temps en plus dans le canyon mais non, le programme c'est le programme !!! A l'intérieur les animaux du désert de Gobi empaillés, dans un état bien abîmé parfois.
Reprise du van pour trouver un endroit isolé où nous pourrons avoir un beau point de vue pour admirer le coucher et le lever de soleil. Nous camperons à 2200 mètres d'altitude. Comme la veille, le soleil nous quitte en compagnie des nuages mais en nous laissant un magnifique rose pour lequel nous courrons alors que nous étions tranquillement assis plus bas. Bien évidemment, je ne suis pas vraiment équipée comme il faut pour la nuit. Au départ, à l'auberge, j'ai dit que je n'avais qu'un mince sac de couchage, on m'a dit que cela irait mais j'en doute un peu maintenant. Je me vêtis alors de presque la totalité de ma garde-robe. Et deux pantalons, une chemise, une polaire, une grosse paire de chaussettes et un bonnet plus tard, je suis prête à me glisser dans mon drap de soie et mon sac de couchage confort à 15°C. Je remets par-dessus mon coupe-vent. Comme d'hab, je dormirai très mal : sol dur, recherche de la moins mauvaise position même mes rêves ne seront pas très confortables. Il faudra certainement penser à une autre solution pour les prochaines nuits sous tente, notamment celles plus fraîches du nord mais en attendant ... Vivement la yourte !!!
Jour 3 - "The day is save(d)",
Qui dit nuit sous la tente dit réveil très matinal. 8h15 on the road again mais cette fois ce n'est que de la piste, de la piste caillouteuse et bien secouante. Compteur toujours à zéro pour les arbres, des arbustes plus ou moins hauts sinon presque 360° de plat, une chaîne montagneuse définissant l'horizon de chaque côté du van. Soudain une petite dune. Puis une autre. Et une autre plus grosse. Puis une seule longue de 180 kilomètres, haute de 300 à 400 mètres : Khongoryn Els. L'objectif est de la rejoindre. Nous la longeons avant d'atteindre notre camp de yourtes. De la tente plantée quelque part au camp "5 étoiles" en passant par la yourte supplémentaire que les familles louent, plusieurs possibilités pour passer la nuit mais généralement un seul pour rejoindre les sites exceptionnels qu'offrent la Mongolie : de nombreuses heures de trajet.
Il fait très chaud au camp familial que nous occupons non loin du pied de la dune. Le camp est vide, la famille absente, les chèvres et les chameaux montent la garde. Gravir la dune sous cette chaleur n'est pas envisageable. Nous devons passer 2 nuits ici. Le paysage est magnifique mais il semble difficile d'occuper le temps par cette chaleur d'autant que le vent gagne en intensité et vient soulever le sable quasiment toute l'après-midi. Après-midi yourte !
Lumière rasante, le paysage rejoint les images et les cartes postales en tête : troupeau de chameaux dans la steppe verte, yourte blanche et moto laissant de son passage un nuage de poussière de sable.
Ce soir, montée de la dune pour le coucher de soleil toujours nuageux. Malgré les encouragements et les mains de Paul et Kim pour me tirer sur les 3 derniers mètres, je ne verrai que le dernier rayon de soleil. La faute à une levée du camp un peu tardive pour mes jambes qui ont du mal à trouver et à garder le rythme dans la deuxième partie de la montée bien hardue avec une pente autour des 45°. D'en haut, d'un côté le désert vert à perte de vue et de l'autre le désert blanc, du sable à perte de vue, la Chine plus loin. Comme dit Paul "the day is save".
Jour 4 - Le silence des dunes chantantes,
Finalement, nous ne passerons pas de deuxième nuit ici, nous étions tous les quatre du même avis et le programme a pu être changé. Ce n'est pas que le paysage ne soit pas superbe, bien au contraire, c'est juste que la perspective de repasser une après-midi dans la ger (prononcez "guère"=yourte) ne nous enchante pas trop. Je savoure donc le fait d'avoir passé une bonne nuit dans la yourte car ce soir mon dos retrouvera le sol !
Au petit-déjeuner, quasiment pas un seul bruit, juste celui du battement d'ailes des oiseaux que je n'ai jamais entendu aussi nettement.
Ici c'est "singing dunes", sable chaud et vent soufflant, voilà la bonne combinaison pour faire chanter les dunes. Donc il faut que le soleil ait suffisamment chauffé le sable et que le vent ne soit pas trop fort pour que l'on puisse s'approcher. Equation difficile à résoudre. Les dunes resteront silencieuses à mes oreilles. Par contre les chameaux sont partants pour nous prendre entre leurs deux bosses pour une heure de balade en direction des dunes. Très relaxant et agréable de voir le cours de la journée se mettre en place depuis 2 mètres de haut. C'est, à ma surprise, confortable. Depuis son chameau, la doyenne du camp gèrent les affaires en répondant à son téléphone/talkie-walkie, cela peut paraître assez surprenant mais la technologie est partout même au milieu de nul part. Pour le moment, de ce que j'ai vu des familles, on est assez loin de "Rendez-vous en terre inconnue", les nomades sont équipés d'antenne parabolique, de panneaux solaires et de larges écrans plats. La location des yourtes aux touristes doivent leur permettre de bien modifier le quotidien. Il n'en est certainement pas ainsi pour tous.
Et la route nous appelle, nous commençons à prendre et à accepter le rythme et le déroulement des journées. Une petite heure sur la piste, on quitte la steppe et traversons une partie plus rocheuse pour à nouveau une immense étendue. Pause repas au milieu d'un superbe nul part, chevaux sauvages courant au loin. Re-route, douche dans un village, une bourgade devrai-je dire, puis surgissant, les "Flamming Cliffs" qui se découvrent un peu plus au fur et à mesure que le van avance. Elles sont situées un étage en dessous de nous. Ce sont des falaises ocres où furent découverts, en 1922, les premiers ossements et oeufs de dinosaures. Si la pierre que vous trouvez colle dans la bouche, c'est un fossile sinon ce n'est qu'un vulgaire caillou. On croit pouvoir faire fortune avec les pierres ramassées mais vérification faite ce n'est pas aujourd'hui que nous serons millionnaires. En contrebas des falaises, les clients d'un "first class tour" ont payés un show de danse et de musique auquel nous assistons gratuitement. Merci bien M'sieur, Dame !!!
Deux sacs de déchets en main (je suis effarée par la quantité de déchets que l'on peut voir où que l'on soit), on retrouve le van et nous faisons route vers notre camp du soir. Le sol, trop rocheux dans les environs, a perdu ce soir. Mon dos aura droit à un lit approximatif et mes vêtements pourront rester dans le sac à dos. Donc direction un camp familial, une yourte est libre. Dans celle d'à-côté, un couple de français, des gens du Ch'nord expatriés à Hong-Kong depuis quelques mois. Ils font le même tour que nous mais pour deux fois plus cher et ont droit à un chauffeur qui ne connaît pas vraiment la route (merci le Lonely Planet de renseigner les coordonnées GPS des sites !) et un guide qui découvre la Mongolie en même temps qu'eux et qui conseille vivement Google pour toute information. Incroyable ! Pour notre part, on peut dire qu'on est bien tombés ! En tout cas, c'est agréable d'être à nouveau complètement fluide dans une conversation et de reparler français à une autre personne que moi.








































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