jeudi 14 mai 2015

Que me encanta Buenos Aires,

Boucle bouclée, me revoilà à Buenos Aires.
Étrangement revenir ici me donne une autre vision du temps passé en Amérique du Sud comme si je n'étais pas partie si longtemps que cela finalement. Alors que sur les routes, à changer tout le temps d'endroit, à découvrir tout le temps de nouvelles choses, à ne jamais revenir en arrière, le rapport au temps est distendu, comme si cela faisait de nombreux mois que je voyageais.

Quel plaisir de retrouver Buenos Aires. Je ne sais pourquoi mais la première fois, cette ville m'avait fait une impression d'une pauvreté assez importante : rues sales, marchands ambulants dans la rue et dans le métro, mendicité, jongleurs et laveurs de pare-brises pour quelques pesos aux feux, bidonvilles derrière la gare du Retiro, ... Je sais que c'est la même chose à Paris mais peut-être que mon regard s'y est habitué. Discours français et recommandations diverses en tête, l'insécurité occupait mon esprit. Après avoir vu ce qu'il en était ailleurs, mon sentiment est autre. 
Une chose ne change pas, me encanta Buenos Aires, 

Avenida 9 de Julio y Eva Peron
Parque 3 de Febrero
San Telmo, lieu de naissance du tango
Marché de San Telmo
El Caminito, Barrio de la Boca





Quartier de Palermo
Edificio Barrolo, ma vue au réveil ce matin

mercredi 13 mai 2015

Linda Salta,

Je laisse donc la Bolivie derrière moi. C'est un pays contrasté entre tradition et quête de modernité. Entre beauté des paysages et pauvreté humaine. Selon les villes, j'ai l'impression de vivre deux pays. Je quitte Tupiza dans un petit van dont une des roues arrière est sur la corde. Mais c'est pas grave, l'important c'est les deux pneus avant, nous dit-on. Bah voyons !! Les critères ne sont vraiment pas les mêmes. Bon, on va faire confiance !!

Je ne peux avoir en tête que les paysages absolument somptueux du Sud Lipez et du Salar, c'est le spectacle le plus extraordinaire que j'ai admiré. 

Le long de la route qui mène à Villazòn, des roches rouges, des montagnes pelées peuplées de cactus, 1h30 de route sur un strapontin en compagnie de boliviens. Ici, pas d'arrêt déterminé. On s'arrête quand on veut. À se demander parfois où vont les gens qui descendent. 
Un peu de change dollars-pesos argentins à un meilleur taux que j'avais eu au black en Argentine, et c'est parti pour la file devant la douane bolivienne. Ce sera rapide mais j'aurais préféré que le douanier prenne son temps car je me retrouve encore avec un tampon dégueulasse de la Bolivie. Déjà qu'ils sont pas très beaux si en plus ils sont baveux ... La douanière argentine veut connaître toutes mes destinations à venir. Quoi ? Vous trouvez que j'ai trop de tampons argentins ? Vous vous y retrouvez pas ? C'est simple, 5 tampons d'entrée et 4 de sorties. Allez normalement c'est le dernier que vous mettez ! 
Une fois la horde de vendeurs et rabatteurs de compagnies de bus passée, je prends place pour 8 heures dans un bus en direction de Salta. Ce sera mon dernier voyage en bus. Après près de 160 heurs de trajets en bus, je me suis payée le luxe d'un billet d'avion pour revenir sur la capitale argentine. Si j'avais eu le temps, j'aurais pris "le train des nuages" pour rallier Buenos Aires. Il y a très peu de lignes de chemin de fer utilisées en Amérique du Sud (du moins dans les pays où je l'ai fait). En Bolivie, j'aurais pu prendre le ferro-carril entre Sucre et Potosi, bus sur des rails qui emprunte un autre chemin que la route et qui s'arrête dans plusieurs villages, mais je m'y suis prise trop tard. En Argentine, les lignes commencent à reprendre du service. Au Chili, aucune idée. 
Les paysages ici sont aussi superbes, c'est la région minérale de l'Argentine (ou une des) qui donne des couleurs superbes à la roche. Quelques montagnes qui passent montrent un bel échantillon de ce que la nature sait faire. Bien mieux qu'un nuancier de peintre. Arrivée en soirée à Salta, c'est vivant. Quelques empanadas, du tango sans danseurs dans un kiosque, un petit tour de la ville, des vendeurs de rues, des terrasses. 

La journée suivante sera rythmée par une balade dans la ville, entrecoupée d'une longue pause-terrasse sur la place principale de Salta. Ici les églises sont très colorées, les maisons basses, les arbres effeuillés, dans un mois et demi c'est l'hiver. Les cireurs de chaussures viennent proposer leurs services aux clients des restaurants. Les boutiques de souvenirs sont nombreuses dans les rues autour de la place mais peu de gens pour arpenter les trottoirs. On est dimanche.












Ça sent bon Buenos Aires, 

dimanche 10 mai 2015

¿ Es posible tener la carta de los postres, por favor ?

[Il fait très beau ici à Salta et je n'ai pas très envie de quitter la terrasse ensoleillée sur laquelle je me suis installée pour déjeuner. Par contre la glace que la dame mange en face de moi me fait assez envie ... "¿ Es posible tener la carta de los postres por favor ?"]


Tupiza c'est en Bolivie, une des dernières villes de Bolivie avant la frontière argentine. Ma dernière ville de Bolivie avant la frontière argentine. C'est aussi ici qu'auraient décidé de mourir, contre leur gré cela étant, Butch Cassidy et Sundance le Kid. C'est un peu le far west, canyons de roches rouges et cactus, ne manque que la musique d'Ennio Morricone.

[Bon bah pas de glace, la dame l'a en fait achetée au marchand de glace à côté "Entonces, un flan con dulce de leche por favor". Et oui, je suis bien de retour en Argentine, le dulce de leche est à nouveau partout.]

Après 6 heures de bus qui en paraissent 10 vu la lenteur du véhicule à monter les pentes, qui représentent une part importante du trajet, pas la majorité puisque nous redescendons à 2500 mètres d'altitude, je suis bien contente d'arriver à Tupiza. Petite ville tranquille, les restaurants italiens sont nombreux, peut-être est-ce dû au nom de la ville. On compte aussi quelques agences se proposant d'excursionner vers le Salar D'Uyuni. Un jour et demi, en mode semi-off, quand même une petite balade le matin dans la quebrada de Palala. Il fait très chaud et le canyon bien plus large que je ne pensais. Mes jambes sont vite fatiguées. Je commence à accumuler une certaine fatigue que je n'arrive pas vraiment à faire disparaître. Au bout de 2 heures et demi de route, nous décrétons le retour. On est quand même peut-être pas loin des 17 bornes aller-retour. 

Les paysages sont très différents de tout ce que j'ai vu pour le moment. Difficile de savoir quel pays, Argentine, Chili ou Bolivie, possède les paysages les plus contrastés surtout que malgré mes 3 mois de voyage, je n'aurais pas vu l'entièreté de ces 3 pays. En tout cas je n'ai jamais vu deux fois la même chose mise à part en Patagonie mais l'incroyable étendue sur laquelle se déploye le même paysage est assez époustouflante. 





Le retour est pour dans moins d'une semaine [le flan est terminé et la note sous les yeux, pas de doute possible non plus, je ne suis plus en Bolivie]. Il me reste encore une frontière à rallier, une nouvelle ville à découvrir ainsi qu'une autre à redécouvrir. Après 3 mois d'imprégnation en Amérique du Sud, mes impressions de Buenos Aires vont peut-être changer même si j'avais déjà adoré cette ville lors de mon arrivée. 

Vale un "Potosí"

L'histoire de la ville de Potosí est remplie d'anecdotes et de croyances populaires. 
Connue pour être une des hautes villes au monde (4070 mètres) et avoir fait la fortune de la royauté espagnole pendant près de trois siècles grâce à ses mines d'argent, il se dit qu'il y avait quantité suffisante d'argent pour construire un pont entre Potosí et l'Espagne, pont en argent massif bien évidemment, et qu'il en resterait encore assez pour en acheminer sur ce même pont.


Je ne passerai qu'une demi journée à Potosí, une demi journée supplémentaire aurait été bien pour profiter de la ville, de ses rues étroites et de ses beaux bâtiments coloniaux mais les liaisons de bus pour Tupiza ne concordent pas. Ça a l'air d'être une ville assez agréable, très jeune. Un petit tour dans la ville de jour, un autre de nuit et entre les deux la visite de la "Casa da la moneda", hôtel des monnaies d'une superficie de 7000 mètres carrés comprenant 150 pièces et 5 grands patios construits en plusieurs étapes et à plusieurs dates, entre 1562 et 1773. Le tout servit à frapper la monnaie espagnole jusqu'en 1825 (date de l'indépendance de la Bolivie). La Bolivie y fit frapper son argent jusqu'en 1951.



Casa de la moneda
Je n'aurai pas le temps de visiter les mines, toujours en activité et surtout je n'en ai pas très envie. Misère, conditions de travail horribles, inhumaines, risque de mort permanent, probable décès précoce et offrandes au diable pour lui demander sa protection sous terre, tout cela pour quelques bolivianos, à peine de quoi se nourrir. Les mineurs dont le nombre décroit au fil des années espèrent trouver le bon filon, celui qui leur apportera de quoi vivre toute leur vie. 


Histoire des mines,  Histoire de Potosí, 



Les espagnols ont fait exploiter le Cerro Rico (mont riche) mais la découverte du minerai ne leur revient pas.

En tout premier lieu, ce sont les Incas qui ont découvert que la roche de cette colline contenait un minerai intéressant mais au moment de commencer à en extraire, une explosion retentit. Croyant à une manifestation de Pachamama, ils ne poursuivirent pas ne voulant pas s'attirer les mauvaises grâces de la déesse de la terre. Ils repartirent donc en annonçant sur leur chemin "potocsi" (ça a explosé). Voilà le nom de la ville trouvée, devenant "Potosi" sous la déformation de la prononciation espagnole. 

En 1544, c'est au tour d'un autre inca de faire la découverte de l'argent du Cerro Rico. Lors d'un feu dans la montagne, Diego Huallpa s'aperçoit qu'un métal s'écoule. La nouvelle se répand et les espagnols investissent le cerro avec main d'oeuvre gratuite, esclaves indiens, africains et prisonniers. En 1545, Potosí est fondée et au bout de seulement 10 années, il n'y a plus d'argent à l'extérieur de la colline, il est nécessaire de commencer à creuser des galeries à l'intérieur. L'exploitation des mines (extraction et fonderie) aurait coûté la vie à près de 8 millions d'esclaves indiens ou africains. Ces derniers ont été amenés pour remplacer la "main d'oeuvre locale" qui disparaissait. Les hommes travaillaient la majeure partie de la journée dans les mines, y vivant 4 mois durant. L'empire espagnol, lourdement endetté auprès des banquiers étrangers, était extrêmement dépendant de cet argent. Tous les ans, des bateaux chargés d'argent arrivaient jusqu'à la mère-patrie pour en approvisionner les caisses. Un bateau au fond des océans à cause d'une tempête ou de pirates et c'était une catastrophe.

Ville coloniale à la très belle architecture, Potosí fut la plus riche ville des Amériques faisant la gloire de l'Espagne. Mais au bout de plusieurs siècles, les filons s'épuisent et la ville perd son aura. Moins de 10 000 personnes y vivent au milieu du XIXème siècle contre 200 000 au XVIIIème. La ville retrouve un petit regain avec l'étain supplanté par la suite par le zinc et le nickel. 


Histoire mouvementée, passionnante, tragique et architecture coloniale valent à Potosí de figurer au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1987. 

       Vierge à la montagne, peintre anonyme. Afin d'évangéliser les incas qui ne savaient pas lire et ne parlaient pas espagnol, les espagnols ont utilisé des peintures. Sur celle-ci, la vierge Marie est peinte dans le Cerro Rico. On y trouve des éléments de la religion catholique et de la religion andine, notamment la lune et le soleil qui pour les incas étaient des divinités. En ajoutant ces symboles aux peintures, les espagnols ont accéléré l'évangélisation. 
Une dernière anecdote : le symbole du dollar américain viendrait du nom Potosí. Lors de l'empire espagnol, il y avait des hôtels de monnaies un peu partout dans les colonies espagnoles et chaque hôtel apposait sa marque sur les pièces de telle sorte qu'il était facile de savoir où elles avaient été frappées. Généralement on ne gardait que les consonnes de la ville que l'on superposait. Pour Potosí, cela donnait P T S I. A l'époque, les reales espagnols avaient une renommée mondiale et spécifiquement ceux de Potosí. Les américains n'auraient gardé que les deux dernières lettres, en superposant S et I on obtient $. 

jeudi 7 mai 2015

Blanc et doux comme Sucre

A une nuit de bus de La Paz vers le sud-est du pays, se trouve Sucre tenant son nom du général Sucre qui a largement contribué à l'indépendance del "Alto Peru" devenant la Bolivie en 1825.


La Bolivie, quant à elle, doit son nom au Général Bolivar, né à Caracas de parents d'origine basque, qui a guerroyé pour l'indépendance de nombreux pays d'Amérique du Sud. A son tableau de chasse : Vénézuela, Colombie, Equateur et Pérou. 
[Cet article ne va pas être aisé à écrire ... Soubresauts du bus ... Je suis aussi assise à côté d'un bébé qui s'amuse à retirer ma main gauche de ma tablette à chaque fois qu'elle s'y approche. Sa mère vient de le décrocher de son dos, j'ai bien cru que dans la manipulation il allait finir sur le sol du bus. Mais non, il tête maintenant]

Marché de Tarabuco
Vendeur de coca et de cigarettes sur le marché
J'aime beaucoup la Bolivie.
La pauvreté - et même misère - est grande, tout n'est pas toujours facile à voir. Les boliviens ne sont pas des plus souriants, de contact un peu fermé, quasiment impossible à photographier mais malgré tout je leur trouve quelque chose d'attachant et de touchant. Ici tout se passe dans la rue, un costard-cravate venant acheter une salteña à une vendeuse de rue. 
[Le bus poussif quitte Sucre, le bébé tête toujours, je crois bien qu'il s'est endormi]

Vue depuis le toit de l'équivalent de la Préfecture de Sucre
Sucre c'est l'opposé de La Paz. C'est plus beau, ce qui n'est pas difficile. Demeurée ville constitutionnelle de la Bolivie, architecture coloniale, bâtiments blancs, patios, rues montantes, clochers, soleil, ciel bleu, température agréable, montagnes environnantes ; Sucre est inscrite au patrimoine mondiale de l'Unesco depuis 1991.

Milaneses sur le marché de Sucre
J'y prends le temps : errance dans le marché, déambulation dans les rues blanches, dilapidation des bolivianos au marché pas si touristique qu'on le dit de Tarabuco, observation de la technique ancestrale et de la beauté de l'art du tissage bolivien au musée du textile avec en prime quelques centaines de bolivianos en moins, décryptage des masques populaires au musée etnographique, part de gâteau à "La Pâtisserie" diplôme français encadré au mur, séance de cinéma, journée dans la Cordillera de los Frailes, meilleur café depuis 3 mois. 

      
Balade tranquille dans la Cordillera de los Frailes à 3700 mètres d'altitude. On emprunte le chemin des incas pour rejoindre plus tard le village de Maragua implanté dans une formation rocheuse et minérale particulière (fer, cuivre et magnésium qui donne de très jolis dégradés de couleurs). 

Le chemin se fait sur celui des incas
[On vient de s'arrêter à un poste de police afin de payer le droit de passage. L'occasion pour les femmes tenant les petites échoppes commerciales au bord de la route de venir proposer aux fenêtres boisson en sachet, humitas, fruits, ... ].

Travail de nombreuses femmes boliviennes : le tissage et la vente des récoltes
La femme et son bébé vident le siège à côté de moi. Il se remplit très vite de la compagnie de Teodoro, un bolivien de 40 ans, père de deux garçons, Marco 18 ans et Axel 15 ans qui étudient à Oruro la construction. Mineur à Tupiza, une de mes toutes prochaines étapes, il parle le castillano, le quechua et apparemment également le aymara. Ce sont deux langues régionales de la Bolivie, le quechua, parlé du temps des incas, étant quasiment une langue officielle dans la région de Sucre et de Potosi. Sa maîtrise au même niveau que le castillano est nécessaire dans les institutions politiques et administratives, les villages aux alentours des villes comportant bon nombre de personnes ne parlant que très peu l'espagnol. Teodoro est plein de questions sur la France, sa sociéte, ses paysages, sa population, les langues parlées, mes hypothétiques enfant et époux, le travail, le coût de la vie. Il me permet de repratiquer mon espagnol, un peu en berne ses temps derniers et de modifier ma vision des boliviens. Il repart à son siège d'origine. La route continue à monter vers les 4000 mètres d'altitude de Potosi, avant-dernière destination bolivienne. 

Faute de moyens, on a des astuces !