dimanche 10 mai 2015

Vale un "Potosí"

L'histoire de la ville de Potosí est remplie d'anecdotes et de croyances populaires. 
Connue pour être une des hautes villes au monde (4070 mètres) et avoir fait la fortune de la royauté espagnole pendant près de trois siècles grâce à ses mines d'argent, il se dit qu'il y avait quantité suffisante d'argent pour construire un pont entre Potosí et l'Espagne, pont en argent massif bien évidemment, et qu'il en resterait encore assez pour en acheminer sur ce même pont.


Je ne passerai qu'une demi journée à Potosí, une demi journée supplémentaire aurait été bien pour profiter de la ville, de ses rues étroites et de ses beaux bâtiments coloniaux mais les liaisons de bus pour Tupiza ne concordent pas. Ça a l'air d'être une ville assez agréable, très jeune. Un petit tour dans la ville de jour, un autre de nuit et entre les deux la visite de la "Casa da la moneda", hôtel des monnaies d'une superficie de 7000 mètres carrés comprenant 150 pièces et 5 grands patios construits en plusieurs étapes et à plusieurs dates, entre 1562 et 1773. Le tout servit à frapper la monnaie espagnole jusqu'en 1825 (date de l'indépendance de la Bolivie). La Bolivie y fit frapper son argent jusqu'en 1951.



Casa de la moneda
Je n'aurai pas le temps de visiter les mines, toujours en activité et surtout je n'en ai pas très envie. Misère, conditions de travail horribles, inhumaines, risque de mort permanent, probable décès précoce et offrandes au diable pour lui demander sa protection sous terre, tout cela pour quelques bolivianos, à peine de quoi se nourrir. Les mineurs dont le nombre décroit au fil des années espèrent trouver le bon filon, celui qui leur apportera de quoi vivre toute leur vie. 


Histoire des mines,  Histoire de Potosí, 



Les espagnols ont fait exploiter le Cerro Rico (mont riche) mais la découverte du minerai ne leur revient pas.

En tout premier lieu, ce sont les Incas qui ont découvert que la roche de cette colline contenait un minerai intéressant mais au moment de commencer à en extraire, une explosion retentit. Croyant à une manifestation de Pachamama, ils ne poursuivirent pas ne voulant pas s'attirer les mauvaises grâces de la déesse de la terre. Ils repartirent donc en annonçant sur leur chemin "potocsi" (ça a explosé). Voilà le nom de la ville trouvée, devenant "Potosi" sous la déformation de la prononciation espagnole. 

En 1544, c'est au tour d'un autre inca de faire la découverte de l'argent du Cerro Rico. Lors d'un feu dans la montagne, Diego Huallpa s'aperçoit qu'un métal s'écoule. La nouvelle se répand et les espagnols investissent le cerro avec main d'oeuvre gratuite, esclaves indiens, africains et prisonniers. En 1545, Potosí est fondée et au bout de seulement 10 années, il n'y a plus d'argent à l'extérieur de la colline, il est nécessaire de commencer à creuser des galeries à l'intérieur. L'exploitation des mines (extraction et fonderie) aurait coûté la vie à près de 8 millions d'esclaves indiens ou africains. Ces derniers ont été amenés pour remplacer la "main d'oeuvre locale" qui disparaissait. Les hommes travaillaient la majeure partie de la journée dans les mines, y vivant 4 mois durant. L'empire espagnol, lourdement endetté auprès des banquiers étrangers, était extrêmement dépendant de cet argent. Tous les ans, des bateaux chargés d'argent arrivaient jusqu'à la mère-patrie pour en approvisionner les caisses. Un bateau au fond des océans à cause d'une tempête ou de pirates et c'était une catastrophe.

Ville coloniale à la très belle architecture, Potosí fut la plus riche ville des Amériques faisant la gloire de l'Espagne. Mais au bout de plusieurs siècles, les filons s'épuisent et la ville perd son aura. Moins de 10 000 personnes y vivent au milieu du XIXème siècle contre 200 000 au XVIIIème. La ville retrouve un petit regain avec l'étain supplanté par la suite par le zinc et le nickel. 


Histoire mouvementée, passionnante, tragique et architecture coloniale valent à Potosí de figurer au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1987. 

       Vierge à la montagne, peintre anonyme. Afin d'évangéliser les incas qui ne savaient pas lire et ne parlaient pas espagnol, les espagnols ont utilisé des peintures. Sur celle-ci, la vierge Marie est peinte dans le Cerro Rico. On y trouve des éléments de la religion catholique et de la religion andine, notamment la lune et le soleil qui pour les incas étaient des divinités. En ajoutant ces symboles aux peintures, les espagnols ont accéléré l'évangélisation. 
Une dernière anecdote : le symbole du dollar américain viendrait du nom Potosí. Lors de l'empire espagnol, il y avait des hôtels de monnaies un peu partout dans les colonies espagnoles et chaque hôtel apposait sa marque sur les pièces de telle sorte qu'il était facile de savoir où elles avaient été frappées. Généralement on ne gardait que les consonnes de la ville que l'on superposait. Pour Potosí, cela donnait P T S I. A l'époque, les reales espagnols avaient une renommée mondiale et spécifiquement ceux de Potosí. Les américains n'auraient gardé que les deux dernières lettres, en superposant S et I on obtient $. 

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