Petite rubrique économique pour commencer ce post.
La situation économique en Argentine est assez instable et l'inflation est importante. Il y a le taux de change officiel et le marché parallèle. Au cours officiel, 100 pesos valent 10 euros. Sur le marché parallèle, j'ai échangé à 13,6 à mon arrivée mais ce taux chute, il était à 17 en décembre dernier. Il varie aussi selon les villes et est meilleur à Buenos Aires. Bref, vous aurez compris, mieux vaut ne pas fréquenter les distributeurs de billets et les terminaux de carte bleue et arriver avec beaucoup de cash à échanger. En arrivant à El Chaltèn, j'ai 2400 pesos en poche. Un billet de bus pour Bariloche, notre prochaine étape 1400 kilomètres plus au nord, coûte 1600 pesos. Me resterait 800 pesos pour payer les nuits, la nourriture et j'arriverai sans le sou à Bariloche. Dans l'enveloppe qui me sert de portefeuille cachée au fond de mon sac, j'ai encore 100 euros et 320 dollars mais le taux de change est vraiment mauvais à El Chaltèn.
Donc on se dit qu'on va faire du stop. Quoi du stop sur 1400 kilomètres, ça vous semble difficile ?
Bon d'accord alors au moins jusque Perito Moreno (600 kilomètres) et après on avisera, les bus seront moins chers au départ de cette ville, pense-t-on. Le traffic ? Les agences touristiques nous disent que le dedo (stop en espagnol) ne fonctionnera pas à cause de la route. La route ? C'est la ruta 40 qui traverse l'Argentine du nord au sud sur 5000 bornes et elle n'est pas goudronnée partout. Apparemment les gens lui préfèrent la ruta 3, celle de la côte et bifurquent plus haut en direction de la cordillière.
Des poings sur le pare-brise, des mains sur la roche,
Lundi matin, le temps est gris et pluvieux par intermittence. Les sacs sont quasi bouclés.
Demain il fera meilleur.
Personne ne prend en stop apparemment pour cette route.
On a envie d'avancer.
On s'en va.
Y'a pas foule qui sort de la ville. Les quelques voitures qui passent ne semblent pas intéressées par notre proposition. C'est dommage, on est de bonne compagnie.
Un peu plus d'une heure plus tard, toujours rien. Y'a deux bus qui partent ce soir. La station de bus est face à nous. Deux guichets, deux questions, deux réponses de bus complets et Julie déboule dans le terminal "on a une voiture pour Perito Moreno". La voiture c'est celle de Rubèn, Patricia et leur fils Javier, en vacances avec leur caravane, partis plus tard ce matin à cause d'une roue crevée.
Tout sourire, ils font de la place pour nos affaires, nous proposent maté et empañadas. On discute de l'Argentine, de la France, d'eux, de notre voyage. On n'en revient pas.
Finlament la ruta 40 est goudronnée, seule une bonne centaine de kilomètres ne l'est pas. 100 bornes sur une piste caillouteuse où Rubèn et Patricia, à chaque fois que l'on croise une voiture, posent leur poing sur le pare-brise pour éviter qu'il ne se fêle à cause des possibles projections de cailloux. Avec la casa rodante à l'arrière, on avance comme des caracoles, mais on s'en fiche. On est certaines d'aller jusque Perito Moreno. Le soir arrive, on s'arrête à "Bajo Caracoles" un hameau avec une pompe à essence, des vieux bâtiments abandonnés, une école et un hôtel-resto-commerce qui propose des chambres sommaires pour 600 pesos. Bien trop cher. On ne veut pas que notre remontée nous coûte plus de 1600 pesos. On y mangera juste des milaneses (sandwichs à la viande panée avec œuf, fromage et crudité). Rubèn nous propose les sièges de la voiture pour passer la nuit et un café et thé le lendemain au réveil.
Mardi, à nouveau en route à l'arrière de la Kangoo, direction Las Cuevas de los Manos, un site rupestre archéologique niché dans un canyon. Sur la roche poreuse, les habitants de la région ont apposé leur mains et dessiné des guanacos. Ce site est incroyable car il est dans un tel état de conservation, qu'on a l'impression que les traces ont éte laissées il y a une semaine alors qu'elles datent pour les plus anciennes de 13000 ans et de 9800 ans pour les plus récentes. Les couleurs et les contours sont intacts.
On reprend la route direction Perito Moreno où on arrivera en milieu d'après-midi. On s'attendait à une ville plus importante. Ça ne nous donne pas du tout envie d'y rester. Notre famille porteñe nous dépose au terminal de bus.
On obtient des infos contradictoires et incomplètes sur les bus permettant de relier Bariloche. Les prochains seront jeudi et ils sont certainement complets au départ d'El Chaltèn et je ne vois pas quelles places pourraient se libérer et qui aurait l'intention de faire escale dans cette ville de l'Argentine profonde. On récupère d'autres infos sur un bus qui va vers la côte à Comodoro Rivadavia d'où on pourrait retrouver une route plus importante pour remonter sur Bariloche en bus ou en stop. Ici aussi, le dedo n'est pas conseillé pour les mêmes raisons qu'à El Chaltèn. On le tentera quand même assez tôt et au pire on ira sur Comodoro si ça ne marche pas.
On passe la nuit à Perito Moreno, dans l'hostel le moins pourri des deux.
Deux wonderwomen et Robin,
Mercredi matin, on se poste au rond-point de sortie de la ville un peu avant 9 heures. Julie n'a même pas le temps de finir sa clope, qu'une voiture s'arrête. On avale les 130 kilomètres qui nous séparent de Rio Mayo dans un pick-up Ford à une moyenne de 160 kilomètres/heure, guère moins dans les courbes. On est donc très vite arrivées. Après on attend 30 minutes. La première voiture qui s'était arrêtée et avait continué sans nous suite à une incompréhension sur la destination nous reprend finalement après avoir fait demi-route pour récupérer des papiers en ville. Il est midi, on a fait presque 200 bornes et nos chauffeurs nous laissent à l'intersection de la grande route, eux vont vers le sud.
La chance ne pouvant s'arrêter là, un camion s'arrête 5 minutes plus tard. Les sacs posés dans l'immense remorque vide, on fait la connaisssance de Robin, un jeune chauffeur qui vient de Rio Grande et va à Puerto Montt au Chili pour charger du saumon qu'il amènera à Buenos Aires. On fera 600 kilomètres avec lui, à regarder le paysage, à se reposer sur la banquette, à boire du maté, à écouter de la musique argentine, à discuter, à changer une roue de camion à El Bolsòn, à rigoler des chicocos, à manger des milaneses dans la cabine en roulant à 50 kilomètres pour regarder les étoiles. Il nous déposera à 23 heures à Bariloche.
Mission accomplie.





Secrètement j'espère que tu écris le récit de ton voyage dans un petit carnet que tu prend en photo tout ces gens qui ont croisé ta route durant ces nombreux kilomètres et que j'aurai le droit de le lire à ton retour ...
RépondreSupprimerc'est quand même énorme d'arriver à faire du stop sur un si grande distance !!
attention trop de maté tue le maté et donc Julie fume des cloques et pas des clopes? J'adore ta première photo! (ça me manquait tes presque portraits! )
RépondreSupprimerEt ben quelle aventure!!! Oui, Claire a raison... des portraits aussi... c'est chouette de voir les gens également...
RépondreSupprimerJ'ai bien ri moi aussi en lisant que Julie n'avait pas eu le temps de finir sa cloque... Je l'imaginais en train d'accoucher au beau milieu de ce périple! ;)