lundi 20 avril 2015

Escapade polynésienne,


Vue depuis le village d'Orongo         
Ma première impression fut "c'est étrange d'entendre parler espagnol". Les statues en bois sculpté, les palmiers, les bananiers, les cocotiers, la moiteur de la nuit, les noms écrits en polynésiens, les colliers de fleurs, les visages, les dizaines de touristes français me font comprendre tout de suite que ce que je verrai sera très loin de l'Amérique du Sud. De l'île de Pâques, je n'avais comme image que les fameuses mystérieuses statues, aucune idée des paysages. 

164 kilomètres carrés, Rapa Nui est une terre de forme triangulaire située à 3680 kilomètres des côtes chiliennes et à 4050 kilomètres de Tahiti. Les voisins les plus proches, et ils ne sont que 50, se rencontrent sur l'île Pitcairn à 2000 kilomètres. Ellle fait partie de la Polynésie, elle en est la délimitation est et partage avec les autres îles polynésiennes les tatouages ethniques, les imprimés à fleur d'hibiscus et une forte tradition orale. 




C'est vert, très vert. C'est valloné, assez valloné. L'île est parsemée d'anciens volcans plus ou moins grands. Les côtes sont très découpées et le Pacifique vient y jeter ses grandes et hautes vagues qui quand elles repartent laissent découvrir une eau totalement transparente. On y trouve deux plages de sable fin. 


Ahu Anakena, les maois les mieux conservés avec leur pukao
A peine réveillée le premier matin, je traverse la route pour aller voir l'eau et les falaises au loin. Bon pas si loin que ça, l'île n'est pas très grande. A peine habillée, je file voir mes premiers moais, un peu en sortie de la ville de Hanga Roa. J'y reste longtemps à les observer, eux comme moi sommes immobiles. Il se dégage de ses blocs de pierre une force que je n'aurais soupçonné. C'est comme si toute l'histoire de l'île et de sa population transparaissait dans la roche. 

Ahu Tahai, accessible à pied depuis Hanga Roa

Normalement un moai a un pukao et des yeux. Ces derniers étaient placés à la fin quand le moai a trouvé place sur le ahu (monticule de pierres). Mais la plupart des moais que l'on trouve sur l'île ont perdu leurs yeux et leur pukao. Je les préfère comme cela.
Je reste 4 jours et demi sur l'île à la sillonner de long en large. Deux passés à pied et deux sur un scooter de loc que j'ai eu un peu de mal à dompter par moment (merci à Jo et Christophe de m'avoir guidée dans les premiers apprentissages).


Tantôt par la route côtière, tantôt par la route intérieure, tantôt avec du vent, tantôt sans, au gré du bon-vouloir des autochtones qui barrent les routes, résultat d'un conflit avec le gouvernement chilien. 
En effet, la quasi totalité de l'île est un parc national. Les parcs nationaux au Chili sont payants et l'intégralité des entrées revient à la Conaf qui gère les parcs, c'est-à-dire à l'état. Très rapidement et sommairement, les habitants aimeraient qu'une partie plus importante de l'argent reviennent à ceux qui y travaillent, les guides. En tant normal, l'entrée du parc est de 60 US$ mais là en signe de protestation c'est gratuit. Sauf que parfois les autochtones barrent les routes, et qu'il n'est alors pas possible de passer sans avoir un guide. Il faut tenter sa chance sur l'autre route et si ça ne fonctionne pas, revenir le lendemain avec un guide. 

Cette île est magique, les couleurs et les ambiances sont différentes à chaque moment de la journée. La lumière est superbe, aucune photo ne peut être ratée et le ciel gris confère encore un peu plus de mystère. 

Le mystère est une des composantes importante de Rapa Nui. On se sait que peu de choses sur la découverte, la colonisation initiale de cette île, la signification des statues, la disparition du peuple. Les hypothèses sont nombreuses mais aucune n'est réellement validée. 

Pétroglyphes, inscription au dos des moais ou sur des pierres, c'est l'équivalent des hiéroglyphes. Ils donnent des informations sur la vie des rapanuis.
Inscription en Rongo-Rongo, la langue rapanui toujours indéchiffrée
Les 15 gars de Ahu Tongariki


Découverte, expansion et extinction, 

Aux alentours de 500 avant J.C, les premiers polynésiens des îles Tsonga et Samoa prirent la mer à la découverte des îles de l'est. Ils mirent pied à terre à Rapa Nui 700 ans plus tard, en 200 après J.C. Elle fut colonisée par Hotu Matu'a, le premier roi de l'île dont les 6 fils furent à l'origine des 6 tribus constitutives de la société Rapa Nui. Chaque tribu occupait une partie de l'île et des côtes. 
Plus tard, on dénombra jusqu'à une dizaine de tribus, organisée en deux groupes, les supérieures et les inférieures. Les moais furent édifiés par les différentes tribus et représentent soit des esprits chargés de veiller sur les vivants, ils font alors dos à la mer et regardent les terres et les populations soit les 6 fils du premier roi de l'île, ils sont alors tournés vers la mer et regardent d'où ils viennent. 

Ahu Akivi, ils représentent les 6 fils du roi. Ce sont les seuls moais qui regardent l'océan. Bon, ok vous avez comptez et comme moi vous en trouvez 7, je ne sais pas qui a voulu se rajouter à la photo de famille.
L'ahu est un lieu sacré et le moai est chargé de mana, esprit.
[Une autre hypothèse, celle de Heyerdahl, parle d'un peuplement pré-incas car la construction de certains ahus porteraient des similitudes avec le Machu Pichu. Le suisse Von Däniken pense quant à lui que les moais ont éte façonnés par les extra-terrestres].




Pendant une période, allant du XII au XVII siècle, les rapanui connaissent leur apogée en construisant d'importants centres cérémoniaux et des quantités de moais plus ou moins grands. Tous étaient façonnés dans la roche volcanique du volcan Rano Raraku. Il en reste de nombreux abandonnés soit en cours de réalisation soit achevés mais n'ayant pas été transportés au lieu prévu. Je ne comprends pas pourquoi parce qu'ils sont tous très bien réussis. Il y avait de nombreux kilomètres à parcourir pour qu'ils intègrent leur ahu. Leur chapeau, pukao, était taillé à un autre endroit de l'île. Les hypothèses quant à la manière par laquelle ils étaient transportés jusqu'au ahu sont nombreuses mais aucune n'est validée. Les rapanui disaient qu'elles marchaient. On ne sait d'ailleurs pas non plus vraiment pourquoi les rapanui façonnaient autant de statues, il se dit que c'était une manière d'occuper le peuple afin d'éviter que les différentes tribus ne rentrent en conflit.

Sur les flanc du volcan Rano Raraku
En cours

Le cratère de Rano Raraku
A partir du XVII siècle, des conflits apparaissent entre les différentes tribus qui mettent à mal le pouvoir unifié de Ariki Mau. Chaque tribu sacage les moais des autres, les renversant au sol. 


Un nouveau culte se met en place afin de donner la possibilité à chaque tribu de gagner le pouvoir pour l'année à venir : la cérémonie de l'homme-oiseau. Chaque tribu choisit parmi les siens un homme chargé d'aller récupérer, sur une île proche, un oeuf de sterne et de le ramener au village d'Orongo. Celui qui ramène l'oeuf ramène ainsi le pouvoir à sa tribu pour l'année suivante. 

Cratère du volcan Rano Kau, non loin de là le village d'Orongo où avait lieu une fois par an la cérémonie de l'homme-oiseau.
En 1722, suite à l'arrivée d'explorateurs hollandais le jour de Pâques, l'île est rebaptisée. Elle sera par la suite colonisée par le Pérou et le Chili entre autre, amenant quasiment à l'extinction de la culture et de la civilisation rapanui. Les péruviens viennent habiter l'île puis ramènent la population sur le continent pour leur servir d'esclave. En 1877, l'île ne compte plus que 111 personnes. Plus tard, les esclaves retrrouvent leur liberté et reviennent sur l'île mais le retour s'accompagne de maladies qui continuent à décimer la population. En 1888, le Chili annexe l'île. Elle en fait un gigantesque ranch où les animaux vivent librement mais où la population est "parquée" à Hanga Roa. En 1964, la population pascuane se rebelle et obtient le droit de vote et des papiers d'identité chilien. 


L'île était constituée d'un terrain peu fertile : aridité, lave, poudre volcanique, vent, ...  Les bois étaient utilisés pour la construction des bateaux et peut-être aussi pour acheminer les moais jusqu'aux ahus. Parallèlement à la colonisation, la raréfaction des forêts serait un élément permettant d'expliquer le déclin de la population rapanui. Soit cette raréfaction aurait été mécanique, soit elle aurait été naturelle. Dans le premier cas, les colons arrivant continuent de déboiser pour obtenir des terres agricoles. La raréfaction du bois empêchant la poursuite des activités de pêche, les rapanui doivent alors se nourrir d'oiseaux. Les forêts absentes, l'érosion s'installe. Les colons s'en vont laissant la population en proie à la guerre civile et au canibalisme. Dans le second cas, la raréfaction du bois serait due à une catastrophe naturelle, raréfaction qui obligea la population a développer de nouvelles techniques d'agriculture, la fin de la civilisation serait due, dans ce cas, en majeure partie à une extermination colonialiste.
Aujourd'hui, Hanga Roa compte 3800 habitants, peu de gens y vivent en dehors. L'activité principale de l'île est le tourisme, une douzaine de vols atterrit chaque semaine et tous les 6 mois un bateau-croisière y débarque ses passagers pour un jour ou deux (en 2011, 50 000 touristes). L'île est dépendante de l'essence et des aliments envoyés par le Chili. Les insulaires vont sur le continent pour les études supérieures et certains continentaux immigrent sur l'ïle, attirés par les avantages fiscaux. Les insulaires se marient avec les continentaux, la culture se dilue un peu et la ville grossit de plus en plus. 




Hanga Roa

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